• La magie de Brocéliande

    La magie de Brocéliande

     

    Quand  Isabelle, sa femme, lui proposa cette ballade de 5 jours au cœur de Brocéliande,  il s’en amusa  tant l’idée lui parut saugrenue.

    « Voyons ma chérie,  tu plaisantes  ? Tu me vois crapahuter pendant 5 jours en forêt sur les traces du roi Arthur ? Les légendes, les fées et les sorcières,  on a passé l’âge tu ne crois pas ? Vas-y avec Béa  si ça t’amuse vraiment  moi j’ai une tonne de travail en retard et mille et une choses à faire ! »

    « Ok, lui avait –elle répondu assez sèchement sans doute piquée au vif par ses propos.  J’appellerai Béa  mais à ton tour ne compte pas sur moi  pour t’accompagner une semaine à ton congrès  à Londres car confidence pour confidence, ça me barbe ! Un peu de marche t’aurait pourtant fait  du bien  pour perdre ce  petit embonpoint naissant qui  est en train de s’installer, avait-elle alors rajouté  avec une pointe d’ironie.

    Comme toujours, elle avait su trouver les bons arguments pour le convaincre  et  bien évidemment il avait fini par accepter cette excursion pour le moins insolite.

    Malgré un esprit cartésien qui l’amenait toujours à trouver une explication plausible aux choses, ce qui  agaça Isabelle qui voulait s’imprégner de la magie du lieu,  Kevin  reconnut - à  demi mot- au terme de ces cinq jours, qu’il avait été bluffé par la beauté du site et l’ambiance particulière qui s’y dégageait. Lui qui n’aimait pas marcher avait au final bien  apprécié  cette excursion,   séduit  par  cette éclosion de couleurs, ces arbres centenaires  aux branches fantasques, ces coteaux rocailleux   aux teintes rougeoyantes, ces sentiers broussailleux parsemés d’ajoncs, de landes, de genêts et bruyères… Oui, il devait bien l’admettre  mais de lui à lui seulement,  que ce séjour l’avait enchanté, qu’il avait aimé également se retrouver en amoureux avec Isabelle dans cette petite auberge calfeutrée  qui se prêtait si bien aux amoureux et à l’intimité. 

    Certes  il  ne croyait pas aux légendes  et encore moins à ses soi disant esprits qui hantent  les halliers de la forêt à la tombée  du soir mais amusé, il s’était pris  quelque peu au jeu, allant même jusqu’à ingurgiter  le dernier jour  la potion de cette vieille conteuse aux allures de sorcière.

    « Le pouvoir de cette potion, lui avait elle dit, prendra effet  ce soir à minuit et  s’achèvera au lever du jour. Elle  libérera ton esprit  et  te fera retrouver  ton regard d’enfant.

    De retour chez eux, il se souvient qu’ils avaient grignoté,  parlé un peu  puis s’étaient couchés. Il s’était endormi comme un loir.

    Qu’avait donc mis cette vieille folle dans son breuvage ? Sûrement des champignons hallucinogènes car il se voyait tout d’un coup statufié, assis sur un banc dans une ville qui lui était parfaitement inconnue.  Peut être était-il tout simplement en  proie  à un cauchemar et  de toute évidence  il allait se réveiller et  retrouver toute sa lucidité.

    La magie de Brocéliande

     

    Assis sur ce banc sans possibilité de parler, de se mouvoir, Kevin se sentit  soudain vulnérable, fragile, tel un gamin qui a perdu son chemin. Il fût cependant surpris de voir que les gens ne manifestaient pas d’hostilité à son égard, comme si sa présence leurs était familière. Certains lui caressaient même le visage, le prenaient en photo,  vantant son élégance, la finesse de ses traits, son sourire…  Était ce bien de lui qu’ils parlaient ? Il ne voyait de son image   que des grandes bottes qui lui montaient jusqu’aux  genoux et  les  pans d’une espèce de redingote  sortant tout droit  du second empire. Visiblement il portait un chapeau et tenait dans sa main un livre. A quoi pouvait- il ressembler accoutré de la sorte. Était –il vieux,  jeune ?

    Amusé par les confidences et bavardages des uns, par la physionomie et attitudes des autres,  par les jeux de ces  gamins qui s’amusaient autour de lui,  il se  laissa aller à quelques fantaisies et contre toute attente se mit à échafauder  histoires et scénarios. Qui sait peut être que la  vieille dame de Brocéliande l’avait bel et bien transformé en Merlin l’enchanteur ou pourquoi pas en roi Arthur en quête du Graal,  à moins qu’il ne  fût une sorte d’Harry Potter ou un écrivain,  genre Lewis Carroll par exemple. De fil en aiguille, laissant aller ses pensées, il se rappela l’enfant espiègle et aventureux qu’il était. Il se revit  avec Julien son ami d’enfance,  inspirés  sans doute par les séries télévisés de l’époque, en train  de se lancer dans les aventures les plus folles pour affronter extra terrestres, gorilles, dragons et monstres de toutes sortes.  C’est vrai qu’il avait bien changé et perdu de cette petite flamme  qui l’animait enfant. Toutes ces images du passé  qui défilaient à présent  dans sa tête,  lui firent soudainement repenser à sa mère, aux histoires qu’elle  lui contait le soir avant de s’endormir et bien qu’il ne pût bouger un cil,  il sentit soudain l’émotion  l’envahir. Sept ans qu’il ne l’avait pas vue ! Il avait très peu connu son père  mais malgré tout il n’avait  jamais pu admettre qu’elle se remarie et encore moins qu’elle  s’en aille vivre au Portugal. Quel âge avait- il au juste ? Vingt cinq ans au moins puisqu’il était déjà parti de la maison pour vivre  avec Isabelle. Tout d’un coup la situation lui parut  grotesque, digne d’un comportement d’enfant gâté, possessif et profondément égoïste.  Au lieu d’admettre  ses torts, il en prenait conscience, il  s’était emmuré dans son orgueil, dans sa souffrance aussi,  écartant tout ce qui pouvait lui rappeler son enfance  allant même jusqu’à  refuser  à sa compagne d’être à son tour une mère. Quel bougre d’idiot il était !

    Cauchemar, sortilège ou simple éveil de la conscience, au fond quelle importance !   Sorti de son sommeil léthargique, après ces cinq jours passés à Brocéliande, Kevin ne fut plus  tout à fait  le même homme.

    Les vacances qui suivirent, ils partirent au Portugal   où il retrouva avec beaucoup d’émotion, sa mère et les joies de l’enfance. Il fit plus ample connaissance avec son beau père qu’il avait jugé sans vraiment le connaitre. C’était un homme simple, accueillant,  attentionné  qui menait une vie tranquille et rendait sa mère heureuse.  L’été suivant naquit le petit Tom  et deux ans plus tard  la malicieuse petite Sophie. Sam le chien prit également  place dans le salon.

    Brocéliande marqua le départ de cette nouvelle vie. Un joli conte de fée que Kevin se plaisait à raconter à ses enfants espérant bien les y amener dès qu’ils seraient un peu plus grands et qui sait peut être rencontrerait –il au détour d’un chemin cette vieille conteuse aux allures de sorcière qui avait contribué à leur bonheur.

     

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