• Au pied du sémaphore. Anne li

    Au pied du sémaphore

     

    En quittant les lieux de leur enfance, ils s’étaient tous promis de racheter un jour « leur s’aima fort » leur jolie île en forme de cœur sur laquelle se dressait majestueusement au milieu de la brume, une gigantesque tour de lumière !

    Mais Le temps avait passé! Tout avait bien changé !

    Le vieux gardien du phare, devenu inutile, n’avait pas supporté son exil et l’esprit vacillant, quelques années plus tard, il s’en était allé par une nuit de tempête, rejoindre les étoiles. Louise leur mère, à son tour, venait de les quitter. Leur éperon rocheux et la petite maison blanche, devenue chambres d’hôtes, accueillaient à présent de nouveaux Robinsons, en quête de sensations !

    De l’enfance, ne restait à présent, que ce coffre en osier, poussiéreux, rangé dans le grenier. Ces petits riens futiles amassés dans la malle, racontaient leur histoire !

    Argan, âgé alors de six ans, y avait déposé ses coquillages, ses cailloux blancs, ses crayons de couleurs, son dessin de la lune brune … A la vue de ces objets quelque peu insolites mais tellement précieux, lui revint en mémoire ces beaux moments de vie : le bruit du ressac le berçant dans la nuit ; les faisceaux lumineux de sa tour de lumière éclairant sa fenêtre, illuminant la mer ; la vision de son père relevant ses casiers…

    Marie, en son bout de carrelage bleu et blanc, se rappela la cuisine, les épices parfumés de tellement de tendresse qui parsemaient les plats préparés par sa mère ; la grande table en chêne ; le crépitement des flammes dansant sous la marmite…

    Soisig , elle, récupéra tous ses cahiers de bord où étaient consignés leurs fous rires d’enfants, leur vie au quotidien, les beaux matins d’embruns ou les soirs de tempête… Elle leurs lu quelques brides mais ses yeux s’embuèrent et sa voix se noua… Elle reprendrait plus tard !

    Yaëlle, prit à son tour avec délicatesse, les petites fleurs séchées qu’elle avait disposées tout au fond de la malle, s’imprégnant à nouveau avec ses frères et sœurs des senteurs du jardin ! Sa mémoire olfactive la ramena à sa mère qui sous son grand chapeau, l’arrosoir à la main au milieu de ses fleurs, respirait le bonheur !

    Louise, au fil des années, avait elle aussi agrémenté la malle de ses touches d’amour, disposant dans une boite fermée d’un ruban bleu : Le collier de leur chat Bidouche ; la casquette de leur père et sa pipe d’ébène ; leurs petits mots d’enfants avec tous leurs dessins ; les photos de famille … Au crépuscule sans doute de sa vie, écrit sur un petit morceau de papier soigneusement plié, elle leurs avait adressé ce dernier message qui inonda leurs cœurs : « Souriez aux étoiles mes enfants, de la haut sous les faisceaux du phare où je rejoins votre père, nous voulons vous voir rire »

    Quelques semaines plus tard,  mais cette fois en simple visiteurs, tous arpentèrent ensemble les marches de granit, menant à la maison ! Leurs souvenirs imprimés dans la pierre ne s’étaient en rien érodés !

    Du haut de la tour de la lumière, à la tombée du soir, se dressant sur la pointe des pieds comme quand ils étaient gosses, ils firent entendre leurs rires et sourirent aux étoiles !

     


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