• Alice et les sept petits péchés capitaux ! 

     

     

    Alice et les sept péchés capitauxAlice et les sept péchés capitaux

     

     

            Cela faisait des décennies  que  dans le royaume des Grimms,  le blanc ne montait plus en neige et que la mayonnaise avait viré ! La « Snow  White « et ses « littles boys » ne faisaient plus recette et avaient pris de l’escarbille,  destitués  implacablement  par "des chicken’s " en folie,  un ogre vert  "pétomane", des   " Buzz l’éclair et woody "  qui  inondaient le marché du jouet et les étagères des chambres des  petits garçons!  Les Barbies, les Kent exerçaient  en même temps, une véritable fascination sur les  fillettes,  usurpant un à un tous les pouvoirs des fées et royautés !

    La concurrence était rude et Prof  était soucieux ! 

     Sa  princesse avait quand à elle perdu tout son éclat  et  se prélassait  béatement avec son prince charmant dans un bain de jouvence aux senteurs d’eau de rose, délaissant les affaires du  pays ! Dans la forêt, les oiseaux s’étaient tus: il n’y avait plus de loups, ni de mère- grand, ni de chaperon rouge, plus de petits cailloux blancs  pour retrouver son chemin, plus de hé ho  joyeux ! 

     

           Dans les contrées voisines beaucoup avaient également déserté  et rejoint le monde réel ! Alice son amie  avait quitté le Pays des merveilles et  excellait à présent dans les téléphones mobiles et  internet ! Lors de l’une de ses  visites, dans le plus grand secret,  elle lui avait d’ailleurs installé l’ADSL afin qu’ils puissent continuer à communiquer!  Cendrillon  était chez Zalando et cherchait chaussures à son pied ; Le chaperon rouge et le loup s’étaient eux associés avec les trois petits cochons et cartonnaient dans les produits laitiers ! 

     

         Prof le savait, lui et ses acolytes n’étaient  plus au goût du jour et n’intéressaient plus personne ! L’heure était venue  pour eux de quitter à leur tour le cosmos  des contes pour  se confronter à la vie concrète ! Il leurs  fallait pour cela trouver un coach,  se relooker, se moderniser, faire des castings et  trouver du boulot …. La tâche n’était pas simple ! 

     

         Avec la complicité d’Alice qui lui donna le code d’accès,  Prof décida dès le lendemain d’ouvrir le  légendaire portail inter-dimensionnel qui séparait leurs deux mondes ! Sans savoir trop comment ni pourquoi nos sept petits amis  se retrouvèrent ainsi en plein Paris au milieu des champs Elysées !   

     

     «Quel est le « nain bécile » qui a changé ma forêt en champ bitumé s’exclama grincheux déjà de mauvais poil ! 

     

    « Et où est donc passé mon lit moelleux rajouta à son tour,  tout en baillant,  le « nain pertubable » dormeur ! 

     

        Fort heureusement Alice, accompagnée d’un homme au style vestimentaire un peu curieux, était à l’heure au rendez vous ce qui coupa court à tout questionnement ! 

     

    «  Bonjour mes adorables " Minikeums "  comme vous m’avez manqué ! Il me tardait de vous revoir! Je vous présente J. Paul, un grand magicien de  la mode qui, avec ses doigts de fée,   va un à un vous transformer en  beaux princes ! 

     

           A la terrasse d’un grand café parisien où ils goûtèrent aux joies pétillantes d’un breuvage mystérieux, chacun allait de sa petite histoire, ils avaient tant de choses à se raconter ! Alice leurs expliqua son projet et n’eut aucun mal à rallier  ses petits camarades à sa cause ! Tous étaient impatients et même Timide habituellement  très réservé n’en finissait plus de parler ! 

         Les semaines qui suivirent furent on ne peut plus chargées ! Simplet à qui Alice avait offert le denier modèle IPAD  fût soudain touché par la grâce et dirigea avec Brio toutes les opérations,  ce qui épata tous les copains mais eût le don d’agacer quelque peu Prof !!

    - Où doit –on se rendre à présent, demandait-il sans cesse à la jolie  voix féminine qui ne s’adressait qu’à lui !

    - A 10 heure répondait-elle d’un ton enjoué et courtois vous avez rendez vous au salon de coiffure, place de la république, troisième avenue à gauche… » 

     

          Après être passés successivement chez Jean Louis David,  Gauthier, Zalando, Atlantis,  Hermès, Be pub, body story…  la transformation  fût saisissante et aucun d’eux ne se reconnut dans le miroir! Rasés de près, les cheveux fraîchement coupés, parfumés,  soigneusement vêtus, Alice ne leurs avaient pas menti, ils avaient l’air de princes ! 

     

        Très vite, repérés et sollicités par les médias, les plus grands scénaristes, les marques de cosmétiques, les éditeurs, les couturiers, la gastronomie, que sais-je encore,  ils devinrent rapidement la coqueluche des parisiens, les figurines préférées des gamins et  les associés indispensables  de Mimi Mathis dans « l’ange gardien »…  Leur notoriété traversa l’atlantique !   Héros de plusieurs séries américaine, ils furent consacrés meilleurs acteurs de l’année par " Academy Awards "  en jouant  "Merry, Frodon, Sam, Pippin, Tobie, Faramir, Magottème",  dans le Seigneur des anneaux.   

     

        Dépassés par le succès, nos héros prirent quelque peu de mauvaises habitudes mais aussi la grosse tête et  de l’embonpoint ! Leurs chevilles curieusement enflèrent et  montrèrent quelques signes de faiblesses. Dès lors  Dormeur ne quitta plus son lit,  se prélassant toute la journée  dans de somptueux  draps de soie;  Simplet, scotché à son i phone, parla en codé;  Grincheux, dans sa Ferrari rouge, incendia de plus belle  tous les passants; Joyeux lui  s’adonna aux bulles pétillantes et devint  euphorique ; Timide se mit à bégayer tandis qu’Atchoum allergique à la pollution, fit coup sur coup, sinusites, conjonctivites, asthme…  

     

    Les aventuriers progressivement retombèrent alors dans l’oubli ! 

     

       «  C’est bien ce que je craignais confia Alice à Prof, le seul à avoir gardé sa lucidité. « A être assis sur le sommet du monde, nos coqs en pâtes on perdus pieds »  

     

        Quand les derniers louis d’or furent épuisés, fort heureusement chacun revint à la raison  Las de cette vie qui leurs mangeait énergie et existence, les sept compagnons décidèrent de rentrer ! Ils retrouvèrent  leur princesse, leur maisonnée, leur forêt et la vie repris son cours. Un matin, avec étonnement,  ils croisèrent à nouveau  sur le chemin, le petit chaperon rouge, la mère- grand, le loup, le petit Poucet, Cendrillon, qui désenchantés,  étaient un à un revenu au Royaume de l’imaginaire. 

     

        A la tombée du soir, autour d’un grand feu de bois, ils prirent l’habitude de se réunir et chacun se mit à conter ses rencontres, ses prouesses et anecdotes ! Prof  toujours doté de son ordinateur n’en perdit pas une miette et eût l’idée de génie  de les  écrire ! Alice de son côté contacta ensuite différentes maisons d’édition qui les publièrent.   

     

         Des millions d’exemplaires furent vendus ! Les contes reprirent majestueusement leurs places sur les étagères des bibliothèques et  dans les chambres d’enfants !  Entourés des Buzz l’éclair, des pétomans et des chickens,  ils  retrouvèrent leurs lettres de noblesse ! De ce curieux mélange, Alice et Prof continuant à faire le lien entre les deux mondes, naquit pour le plus grand plaisir de tous, d’innovantes et combien succulentes histoires à la fois féeriques et fantastiques ! 

     

                                                                                                 Anne. Li

     

     

     

     


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    Le capitaine de la barrique 

    Anne Li 

     

     

     

     

     

     

    Comme tout pirate qui se respecte, après plusieurs jours de bordée dans l’caboulot à attendre que le vent se lève et à mettre du calva  dans son rhum  Dick Mobby, le cap’taine de la Barrique et tout l’équipage, hissèrent enfin les grands voiles, hissées haut, du fameux trois mâts San Tiano.

    « Cap sur les mers du sud, larguez les amarres »  cria le capitaine pas mécontent de reprendre la mer.

     

    Aussitôt dit, en quête de nouvelles aventures et de trésors cachés, tout le monde était sur le pont, enfin presque, car manquait comme d’habitude le vieux Grobby la planque dit l’insubmersible,  activement recherché par le jack Russel  qui,  à force de le suivre à la trace et à l’odeur de vinasse,  le trouva  finalement échoué en fond cale.

    Moi,  "Coco pop" l’emplumé d’service  indicateur de météo, entraîné dans le moindre détail à imiter la voix du cap’taine en cas de défaillance ou somnolences impromptues, j’étais déjà à la manœuvre.

    Coco Pop . Anne.Li

     

     

    Mon  plumage, légèrement ébouriffé, prévoyait une houle plutôt modérée.

    -  Vents stables, soufflant d’est en ouest entre vingt cinq et quarante nœuds !  Lançait  l’capitaine tout en m’coiffant  de son chapeau, ce qui voulait dire : " à toi d’jouer mon  Coco, ouvre l’œil, je roupille"

    - Mille millions de mille sabords,  tonnerre de Zeus,  bande de moules à gaufre, barre à tribord!  hurlais-je à mon tour en prenant l’accent de DicK Mobby, leurs laissant croire ainsi, qu’il avait l’œil partout !

     


     

    Durant  plusieurs jours, le San Tiano vogua à son rythme et l’capitaine pu vaquer à ses occupations favorites : farniente et beuveries !

    Jim, dit la Frite, l’apprenti pirate, eut droit à la corvée patate, le lavage du pont et le cirage des pompes tandis que le tatoué aiguisait  les sabres et huilait les canons.

    Au sixième jour en mer, mes plumes commencèrent à se hisser droit sur ma tête ce qui était mauvais signe et annonçait une forte tempête.

    - Avis de  grand vent cap’taine » lança Grobby l’insubmersible.

    -  Avis de grand vent, caaaaaaapitaine criais-je moi aussi dans l’espoir qu’il émerge, ce qui lui fit ostensiblement soulever une paupière puis l’autre !

    Le vent  soudainement se mit à forcir, à souffler en rafales,  à faire des vagues de plus en plus grosses m’envoyant  des paquets d’ mer en pleine huppe à m’en clouer le bec! Y’avait d’la gîte dans l’rafiot  qui tanguait de droite à gauche, de gauche à droite !  En haut du mât, le pauvre Jo le Borgne  qui  épiait l’ennemi avec son œil qui partait en roue libre, oscillait lui aussi de tribord à bâbord, au milieu d’une écume épaisse  dans laquelle, un coup il te voyait, un coup il ne te voyait plus!

    -  Cap’taine, cap’taine, navire en vue droit sur nous, avec euh…pavillon rouge,  non,  euh ...  noir ! »  hurlait -il.

    Cette fois Mobby fut sur pied, sabre à la main prêt à  affronter vents, marées et pirateries.

     Fort heureusement le temps se calma et l’capitaine aussi.

    Le San Tiano ayant subi quelques dommages et le navire de pirates repéré par le borgne étant au final une petite île perdue dans les mers du sud, Dick Mobby ordonna de mettre les chaloupes à la mer afin d’y accoster. 

    Cette fois,  moi  l’Coco Pop ayant eu  quelque peu le sifflet coupé lors de ma dernière rincée,  je me  mis au vert afin de retrouver mon verbiage habituel.

    L’ile recelait de trésors cachés, de victuailles et nous y restèrent plusieurs mois, peut être même plus, la mémoire me faisait  quelque peu défaut :  J'avais  du trop  forcer sur le Grog et le rhum sans doute en voulant m'éclaircir la voix!  

    « Rhoooo ! Caaaaapitaine! C’est qui …qui croque cul sec la pomme et qui… qui met du calva dans son rhum?" criai-je alors à plein poumons pour accompagner l'accordéon.

    "C'est l'capitaine de la barrique" reprirent en chœur les matelots et une fois de plus, nous fîmes la fête jusqu'au matin. 

     

     


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  •  Moi c'que j'en dis

     

    Comme chaque vendredi, Louise,  Philomène et Félicie, les trois commères de clocher qui adorent ragoter, se retrouvent chez Ernestine autour d’un café,  histoire de papoter.

     

    • Sale temps dit Philomène, ça n’arrête pas de pleuvioter ! Que de la gadoue ! En plus ils sont en train de faire des travaux en bas de la rue et j’ai du faire un détour  par chez  Soizig ! J’vous dis pas, j’ai les jambes en compote rien qu’à monter la côte ! Il s’rait grand  temps que  le maire  se bouge un peu le train au lieu de poivroter avec le  vieux Etienne ! Enfin moi c’que j’en dis ! Sinon quoi de neuf aujourd’hui ?

     

    • Vous connaissez  la dernière,  embraye aussitôt Félicie, déjà bien installée dans le canapé en train de tricoter. A c’qui parait  la  comtesse a acheté la gargote sur la place  du marché pour faire des chambres d’hôtes.

     

    • Oui,  c’est ce qu’on m’a dit aussi  renchérit Ernestine. Tout le monde en parle dans le bourg!

     

    • Ah bon, s’exclame Louise presque vexée de n’avoir pas été la première informée. Des chambres d’hôtes!  Tu parles ! Une maison close oui ! Ah vous n’la connaissez pas la parigote ! Sous  ses airs de bigote à ne pas y toucher, elle n’a rien d’une dévote, je peux vous l’affirmer!  D’ ailleurs  allez savoir si celle la n’a pas fricoté  avec le maire pour avoir son permis de construire !  J’pourrais vous en raconter des belles, croyez moi !  

     

    • Allez Louise, raconte s’exclament ensemble les trois commères, curieuses d’en savoir plus.

     

    • Ce que j’peux vous dire, c’est que le comte, paix à son âme, avait des sacrées cornes ! Dès qu’il avait le dos tourné, elle ne se privait pas la garce pour s’envoyer en l’air avec un gars de la côte, juste derrière chez moi, dans la vielle  paillote  tout près chez Amédée.  Et va que j’te bécote et que j’te mignote,  à demi dénudée!  Une chambre d’hôte, tu parles! Enfin  moi c’que j’en dis… Oh la la la à force de radoter, j’ n’ai pas vu  passer l'heure ! C'est pas l' tout mais y' a la popote à faire, il faut que je me rentre!Bon ben  Kénavo ! A vendredi !

     

          


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  • La règle aux trousses. 

     

     

    La règle aux trousses. Anne. li

     

     

    - Rassurez- moi Waterman, vous n’avez pas oublié que demain c’est la rentrée des classes et que le cartable du petit Victor se doit d’être fin prêt ? 

    - Non madame, je n’ai pas oublié !

    - Alors pouvez-vous m’expliquer mon cher, ce que fait, à une heure aussi tardive de la nuit, tout ce désordre sur le bureau de notre jeune ami ? Et où sont Rose, violette, miss pot colle, pi 3,14 et tous les autres ?  

    - Je l’ignore Madame. C’était leur dernier jour de vacances et d’après ce que m’a dit le rapporteur, ils allaient à la plage, histoire de prendre encore quelques couleurs ! Sans doute ont-ils été ensuite en boite ! Ils ne vont plus tarder !

    - Je vous le souhaite mon ami car pour l’instant la boite est vide ! Sachez que la règle est la règle et ne saurais tolérer le moindre manquement ! Hâtez vous de les retrouver si vous ne voulez pas tous finir au placard … Vous êtes prévenu. 

    ...

    - Allez, arrête de te faire un sang d’encre Waterman ! Te miner ne sert à rien ! Nous allons les retrouver.

     

     

    - Tu plaisantes Taïg, nous ne savons même pas où chercher !

    - Y’a qu’a suivre leurs traces, voilà tout !

    - Tu oublies la gomme qui met toujours les bouchées doubles et avec sa maniaquerie habituelle, efface systématiquement toute empreinte de passage !

     

    - Ah oui,  je l’avais oubliée celle là ! De toutes façons avec pi 3,14 qui tourne en rond, black d’équerre qui se déplace à angle droit et miss pot colle qui alpague le premier venu, ils ne peuvent être bien loin ! Je te parie même qu’ils sont au « balsamine à deux pâtés de crayons d’ici. Allez arrête de broyer du noir et allons plutôt voir !

    - Oh regarde Taïg! N’est ce pas le p’tit rouge et le petit jaune que j’aperçois là bas au comptoir ?

    - Oui et si tu veux mon avis, ils m’ont l’air plutôt marron ces deux- là ! Remarque, la miss pot de colle accrochée au vert ne me parait guère mieux ! Incroyable ! Le stick mâte tout ce qui bouge ! Quelle glue celle-là !

     

    - Mais où sont passées violette, Rose, Pi 3,14, la gomme et black et d’équerre ? Je ne les vois nulle pat !

    - Oh pas lieu de s’affoler Waterman ! Black est forcément dans un coin adossé à un mur et pi sur la piste de danse à tourner en rond avec les filles.



    - Tu as raison, je les vois en train de gesticuler et de s’emmêler joyeusement les crayons ! Manque  encore la gomme  et avec celle là, crois-moi, on n’est pas encore sortis du bois ! 

    - Ce que tu es défaitiste tout de même ! Tiens, regarde, qu’est ce que je t’avais dit ? Elle est juste là ta gomme, devant toi! L’obsessionnelle ne supporte pas la moindre rature et fait le ménage comme à son habitude !

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    - Si nous revenions à présent à nos crayons ! Comment allons-nous ramener tout ce beau monde, t’as une idée ?

     

     

     

    - Pas de panique Waterman! Il n’y a qu’à leurs dire que la règle est à leur trousse, cela devrait les convaincre de rentrer illico presto. Pour le reste, fais- moi confiance ! J’en fais mon affaire ! Je suis peut être un piètre danseur mais le roi du roller, ne l’oublie pas. En deux temps deux mouvements, je te mets la gomme et les ramène tous au bercail.

    ...

    - Ouf ! J’ai eu une peur bleue mais ça y est tout est en ordre ! Merci Taïg, je n’y serais jamais arrivé sans toi !

    - De rien Waterman. Cette fois Miss pot colle est collée à la règle et ne risque plus de bouger !

    - Ah !ah !ah ! Soirée mémorable tout de même. Bon si nous allions à présent nous reposer quelques heures, histoire d’avoir la mine un peu plus rafraîchie !

    - Excellente idée !

    - Bonne fin de nuit Taïg ! Euh…. Une dernière chose encore, par simple curiosité ! Tu n’aurais pas quelque peu forcé sur le taillage des pauvres crayons ? Je les trouve un chouïïïaaaaa raccourcis !

    - A vrai dire, à force d’en voir de toutes les couleurs, je crois que j’ai eu la lame un peu tranchante et leurs ai à tous, taillé un costume pour l’hiver ! Ça devrait les dissuader un moment. Rires

     


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     chapitre 1

     Le temps des couches culottes

    Alors que je me débattais en vain dans le liquide amniotique de ma mère cherchant désespérément la sortie, je vis donc  le jour par l’issue de secours ! A mon arrivée,  mon père en chaussons, réveillé à une heure indélicate de la nuit me jeta un regard  désappointé en  laissant échapper avec une grande spontanéité  un  « bordel de  merde, encore une fille ! »  D’un point de vue psychanalytique, le bébé étant à présent une personne et comprenant tout,  mon histoire démarrait mal !

     

     Prédestinée alors  dès le berceau à développer  au mieux une bonne névrose mais ne pouvant revenir à la case départ,  je pris le parti de rester.  Certains naissent dans les choux, d’autres dans les roses, moi j’émergeais  en eau trouble!

     

        Bien que mon anatomie affichait le contraire je fus, jusqu’à la fameuse "mue des homards"  la copie conforme de ce rejeton mâle  tant convoité par mon père!  Maman, solidarité féminine émergeant, fût au contraire ravie de cette nouvelle alliance  en devenir ce qui me compliqua ostensiblement la tâche!

     

    Ne voulant éveiller l’irritabilité ni de l’un ni de l’autre, je fis donc avec ces ingrédients, au grand désespoir  de Yéyé ma sœur qui en perdait son latin, un savant mélange dont je suis seule à connaître le secret!

     

    Dans cet amalgame succulent mais combien délictueux j’étais, moi qui ne savais pourtant pas nager, comme un poisson dans l’eau ! Avec brio, je passais de mes jupes plissées à petits carreaux blancs et noirs, au short délavé  assorti à mes bottes de plage, troquant dans une légèreté absolue le missel du dimanche contre la vieille bécane rouillée et bien trop grande pour moi de mon  père. 

     

         Du haut de mes quelques centimètres, bien loin encore de toutes ces hautes considérations intello- psychanalytiques, j’évoluais gaiement dans cette joyeuse mixture et  je m’y retrouvais! Pas de conflits intérieurs, même pas l’ombre d’un questionnement, tout s’harmonisait sans aucun effort de ma part. Ma crise existentielle passée, Je sus beaucoup plus tard que j’étais en fait l’assortiment agrémenté, d’épices très personnelles, de ces deux êtres chers qui sans le savoir, n’en étais-je pas la preuve,  s’accommodaient fort bien!

     

    Chapitre 2

    Le temps des couches culottes. Anne Li

     

     Dans  la période «  emmaillotement » saucissonnée comme une andouille sans pouvoir prendre mon pied, j’imagine me connaissant,  que je dressais déjà des plans sur la comète,  histoire de rompre la routine! Une fois libérée de mes langes, dans mes premiers balbutiements, ne me restait plus qu’à rattraper le retard  ayant déjà  en tête une multitude de projets! Bien que je ne garde de cette époque que les images un peu floues  d’un pan de mur de bois, des rubans bleus flottant dans les cheveux  de ma sœur Yéyé, de la barboteuse de mon cousin J.P  et d’un vieux pépé Guilchet se penchant sans doute sur mon berceau, aux  dires de maman ce premier marathon fût un succès: ma courbe de poids était bonne, mon quotient intellectuel  normal, jamais malade toujours contente et mis à part que je suçais mon pouce et risquais d'avoir les dents en avant, tout allait pour le mieux dans le meilleurs du monde. 

     

         En grandissant ma vie de bébé allait bon train et je  savourais avec gourmandise les ballades du dimanche en famille, ravie de retrouver pour l’occasion, mes cousins et cousines, mon oncle Pierrot et ma tante Jeannette, Robert et  Germain les amis de la famille... Dans cette joyeuse cacophonie des couches culottes, sillonnant tantôt les rues du Faouët, les Halles,  les allées de boules, tantôt la rivière de L’Ellé allant du  grand pont jusqu’à Sainte Barbe, la vie était douce et tranquille.

     

         Chaque équipée était ensuite couronnée d'un goûter fastueux chez nos grands parents paternels. Joliment dressés sur la grande table, nous attendaient les crêpes, le pain sucré et les succulentes  crème à la vanille  dont grand-mère seule avait le secret! Servies dans de magnifiques coupelles  japonaises en porcelaine, dans un silence presque cérémonial où l’on ne percevait plus que le bruit régulier de nos  cuillères, nous n’étions plus que des petits ventres sur pattes dégustant gloutonnement une œuvre d’art. A peine emplis de toute ces béatitudes flottait déjà dans  l'air pour le repas du soir, l'odeur des petites pommes  de terre dorées frémissant délicatement dans le grand chaudron noir posé sur le fourneau!

     

       Pendant que les grands conversaient autour du café,  grand-père occupait la marmaille, nous faisant tour à tour sauter sur ses genoux. Dans la bonne humeur constante qui était toujours la sienne, il nous racontait inlassablement sans jamais se tarir, l' histoire gravée dans mon souvenir de « Marie trempe ton pain dans la soupe » Comme à son habitude, mémé ronchonnait toute seule dans son coin. L'insouciance de la jeunesse à laquelle se rajoutaient nos babillages, mettaient sans doute à mal son organisation millimétrée ce qui avaient le don de l'agacer! La table débarrassée, commençaient  pour les adultes, les incontournables partie de belote et pour nous le début des festivités! En quête de nos premières  croisades, la tribu au complet des " indiana Jones" en couches culottes pouvait enfin se mettre à pied d'œuvre et se lancer avec excitation et fébrilité dans l'exploration de la cave sombre et peu rassurante, de la vieille écurie et du  jardin interdit mais combien attrayant  du voisin d'à côté.

     La semaine, je présume devait être plus calme. Papa allait à son travail, yéyé à l’école et moi j’avais maman à moi toute seule! Avec ses cheveux mi longs, légèrement rehaussés d’un peigne de chaque côté, toujours aimante, attentive et à nos petits soins, j’imagine qu’elle me chantait de sa voix douce et mélodieuse, le rêve bleu ou ma petite fille adorée ou peut être les yeux de maman sont des étoiles, airs si chers  à mon enfance ,  que j’ai  moi même fredonnés ensuite à mes enfants et petits enfants.    

     

    Chapitre 3

    Mon patronage

     

     

        Au début de l’été, pendant la période des vacances,mes parents quittèrent la rue du château pour s’installer au patronage. Du haut d’à peine deux trois printemps, je découvris façon Pagnol ce lieu pharaonique qui allait être pour le restant de mes jours l’écrin précieux de mon enfance.

     

        L’appartement était gigantesque,tout en plancher et bien qu’il n’était pas de première jeunesse, il m’allait à ravir ! Perchée sur mon piédestal, au sommet de ma tour d’ivoire de deux étages, je  trottais allègrement d’une fenêtre à l’autre, regardant tour à tour avec admiration,  côté pile la vue imprenable que nous avions sur Sainte Barbe, côté face la cour à demi couverte d’un grand préau dans lequel s’encastrait par je ne sais qu’elle magie,un magnifique tilleul en fleurs.

    Ce ne fût pas ma seule surprise ! Le patronage, ancienne école privée réhabilitée en appartements, était aussi  un mini  « Disney Word » avant- gardiste,  avec ciné incorporé  et de multiples animations. Chaque jeudi et les jours de vacances, se retrouvaient pour une véritable  «   guerre des boutons »  tous les gamins du coin, ce qui était loin de me déplaire.

    Dès le premier soir, je m’endormis avec ravissement, ballottée par le son d’une fanfare.  Les murs et  le plancher se mirent au diapason m’emportant  en quelques  vibrations,  dans les bras de Morphée,  ce qui dès le berceau, me donna la fibre musicale. L’ambiance s’annonçait festive et prometteuse !

     Le  comble du bonheur, fût sans doute de découvrir que je partageais aussi  cette grande bâtisse avec d’autres colocataires en couches culottes !    

     Je fis la connaissance  d’Henry mon voisin du  dessous et yéyé celle de sa sœur Claudine. Après les préliminaires usuels de lèche bébé, Henry et moi devinrent vite inséparables, s’unissant dès le premier clin d’œil, pour le meilleur et pour le pire. Les filles s’adonnèrent sans plus attendre  à leurs jeux de poupée tandis que nous,  jetâmes   notre dévolu sur un vieux corbillard  somnolant dans un coin du préau.

     Dans ce curieux carrosse, tout de noir vêtu et orné de dorures, nous installèrent notre QG, intrigués de le voir de temps à autre disparaître à  l’arrière train d’un énorme cheval. Des heures durant, nous restions là à jouer et à voyager au gré du temps et de nos fantaisies, tantôt rois, tantôt bandits des grands chemins….                                                

      Bernard, dit « Manard »  mon colocataire de gauche, dernier né de la grande maisonnée,  finit par nous rejoindre. Jeannine son aînée, s’allia au clan des jupettes.  Le nouveau kami case, dès son arrivée, nous réduisit  sérieusement l’espace ! Le pire, était à craindre et ne tarda pas à venir !  Doté  d’une maladresse digne d’apparaître dans le livre des records, notre bad boy  en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, dépouilla notre quartier général  de  toutes ses richesses et  franges dorées. Le KGB des mini  dentelles fit implacablement  son rapport aux  autorités supérieures, ce qui nous valûmes illico presto quelques avoinées ! La sanction fût  hélas sans appel  et  notre Cadillac, sous les feux d’une interdiction,  momentanément  déclassée! 

    L’année suivante, Henry déménagea, quittant  à mon grand désespoir définitivement le Patro  et j’eus mon premier bleu au cœur ! Peu de temps après notre roll  Royce  disparut  définitivement à son tour sans que  nous ne sachions ni  comment, ni pourquoi ! L’énigme ne fut  résolue que bien des années plus tard, quand nous  comprîmes que notre hippomobile qui était en fait un corbillard, avait tout simplement lui aussi fini ses jours.

    L’épreuve du pot  fût réussie  et  s’acheva alors à jamais le temps des couches culottes !

     

     

     Chapitre 4 

    Sur le chemin des écoliers

    Le temps des couches culottes. Anne Li

      

    Dès que je mis le pied à l’étrier,  je sus que l’école ne serait pas ma priorité ! Faut dire que sœur Ficelle, c’est ainsi que je l’appelais,  était rêche et peu avenante et ne m’aida  pas vraiment à m’engager dans cette voie.

     Peu enclin à rester sur ma chaise toute la sainte journée, je fis dès le départ l’inventaire des placards à balais, des toiles d’araignées dans les quatre coins de la classe, de la cour et même celui de l’office de la mère supérieure. Mon esprit aventurier, voulant faire le tour de la question, m’amena dans la foulée à expérimenter le test du « torchon mouillé » ce qui instamment me chauffa le fessier et tempéra quelque peu mes ardeurs. L’épreuve du bizutage passée, n’ayant d’autre alternative que de continuer l’aventure, je pris la décision de me la jouer  plus stratégique.

       Cette fois bien calée sur mon siège mais la pensée toujours galopante, tel un caméléon accroché à sa  branche, je me  fondis dans la couleur locale et l’égo de sœur Ficelle en fut satisfait .Le temps de gestation  promettait d’être long et mieux valait, dès à présent ménager sa monture ! De nature positive, je pris le bon côté des choses, ciblant surtout  les récrés que j’affectionnais plus particulièrement.  Les notes ne démontant pas encore l’assiduité de mon travail,  je pus sans trop de difficultés laisser libre cours à mon imagination, atterrissant   avec subtilité  sur le plancher  des vaches, quand la situation devenait délicate ! Sœur Ficelle à mon grand soulagement n’y vit que du feu !

     

    L’année suivante l’arrivée d’Olivier, un petit frère tombé miraculeusement du ciel ,  ramena « sœur sourire » à ses premiers amours, ce qui me sortit instamment de toutes mes rêveries ! Comme moi il fit à son tour le parcours initiatique complet et face à la foudre de notre sainteté, défendit ses  arrières avec vivacité ! Le bougre et j’en fus pas peu fière, donna à la Ficelle bien du fil à retordre ! Il mordait comme un lion, ruait comme un cheval, chargeait comme un taureau et meuglait comme un veau qu’on mène à l’abattoir !

      Olivier me réconcilia un temps soit peu avec l’école, devenue pour moi  tout d’un coup  nettement plus attrayante ! Cette année là, nous furent sans contestation, les rois du bac à sable !

     

     

     Chapitre 4

    Un Olivier tombé du ciel

                               

     

     

    Je ne sus pas vraiment à l’époque, pourquoi un beau matin olivier débarqua à  la maison, la valise à la main ! Papa voulait un garçon, Yéyé ma sœur ainée un petit frère et j’imaginais donc qu’ils avaient du se le procurer quelque part, sans accorder beaucoup d’importance quant à sa provenance.

    Son arrivée pour le moins qu’on puisse dire ne m’enchanta pas et ne m’apporta dans l’immédiat que des désagréments! N’étais je pas le garçon, certes un peu manqué, que mon père avait toujours  souhaité, alors pourquoi donc s’en était-il allé chercher un autre !De plus il me prenait ma place de petite dernière et je me sentais soudainement très à l'étroit !   

       Habillé un peu kitsch, les cheveux à la brosse, le visage barbouillé de mercurochrome, Olivier, c’était son nom,  ressemblait à Doupic, un petit hérisson craintif, bien mal en point, que j’avais un jour récupéré  sur le bord de route. Comme mon porc épic, dès que je l’approchais, il  se  mettait en boule, sortant   là ses aiguilles,  prêt à me  transpercer. Cela ne présageait rien de bon !

        Son esprit rebelle dû je suppose venir rapidement à bout de mes résistances  et bien évidemment comme mon porc épic une fois apprivoisé, mon petit inconvénient de départ devint pour moi au fil du temps sans même que je m'en rende compte, le plus beau des avantages et le plus  tendre des petits hérissons de la terre. Très vite nous devinrent inséparables, complices et surtout  solidaires dans l’adversité.

       Régulièrement une dame Bourrel, tout de noir vêtue,  les cheveux  poivre et sel  venait à la maison, pour prendre disait elle  de ses nouvelles puis un jour, sans que je comprenne pourquoi, elle embarqua celui qui pour moi était devenu « mon petit frère ».

       Je ne saurais pas dire, là  non plus,  combien de temps Olivier  resta chez nous ! Deux ans, peut être  trois ! Ce dont je suis sûre en revanche, c’est qu’il  m’avait fait  fondre comme neige au soleil tant nous étions devenus proches !

       Son départ eut l’effet pour nous d’une secousse sismique qu’on n’a pas vu venir et  qui  vous laisse à terre,  les quatre fers en l’air !  Cet après midi là le tremblement de terre fut si puissant  que nous dûment nous cachés tous deux dans le grenier,  espérant ne pas être emportés par les vents violents qui tout d’un coup s’étaient levés !

        Papa rentra dans une colère folle  en découvrant que son p’tit gars s’en était allé. Maman et yéyé, rapatriées dans la cuisine, n’en finissaient pas de pleurer.

      Quant à moi, toutes les pommades apaisantes que l’on me mit ce jour là  ne purent résorber cet énorme bleu au cœur que je m’étais fait en tombant ! 

    Olivier alla en fait retrouver sa vraie maman qui, mais nous ne le savions  ni l’un ni l’autre parce que trop petits pour comprendre les histoires des grands, nous l’avait confié momentanément.

    Bien sûr nous nous revîmes souvent et malgré la distance et séparation qui s'étaient imposées à nous, les liens ne se défirent jamais.

     


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